Analyse
Prix de l’électricité pour l’industrie : France et Allemagne (2019–2024)
Les données publiques montrent un écart persistant entre le prix de l’électricité payé par l’industrie en France et en Allemagne. Au-delà des prix bruts publiés par Eurostat, les mécanismes nationaux de subventions et de plafonnement modifient fortement le prix réellement payé par les entreprises.
Cette analyse distingue clairement : les prix bruts (Eurostat), les prix réellement payés, et les coûts physiques de production lorsque ceux-ci sont documentés.
Graphique principal — prix réellement payés
Les prix présentés correspondent au coût réellement supporté par les industriels, après prise en compte des mécanismes publics documentés (plafonnements, exemptions, aides budgétaires).
Lorsqu’un prix n’est pas directement observable, une estimation prudente est utilisée. Les hypothèses correspondantes sont explicitées dans la méthodologie.
Comparaison annuelle des prix (€/kWh)
Ordres de grandeur pour lecture rapide. Les colonnes distinguent prix bruts Eurostat, prix réellement payés (estimation prudente) et coût EDF physique de référence.
Lecture comparative
En 2023 (année clé) :
- France : ~0,173 €/kWh pour l’industrie
- Allemagne (prix réel estimé) : ~0,09 €/kWh
- Coût EDF physique estimé : ~0,055 €/kWh
Le différentiel observé ne s’explique pas par les coûts de production, mais par les modalités de fixation et de compensation des prix.
Graphique de référence Eurostat (prix bruts)
Les prix Eurostat sont des prix administratifs bruts, avant plafonnements, exemptions de taxes/réseaux et aides budgétaires. Ils servent à la comparabilité statistique mais ne reflètent pas le prix réellement payé par les grandes entreprises industrielles.
Ce graphique est une référence méthodologique. Données recalculables depuis
public/data/electricity_prices_fr_de.csv.
Eurostat (prix bruts, tableau)
Séries annuelles 2019–2024 hors taxes. 2017–2018 non reprises car incomplètes dans l’extraction.
Focus Allemagne : subventions et plafonnements
En Allemagne, plusieurs dispositifs ont réduit la facture industrielle effective depuis 2022 :
- plafonnement des prix de l’électricité (Strompreisbremse),
- exemptions EEG et réseaux,
- aides ciblées aux entreprises électro-intensives.
L’effet cumulé est estimé entre –30 et –50 €/MWh (0,03–0,05 €/kWh) selon les profils industriels, expliquant l’écart entre prix brut et prix réel.
Méthode et sources
- Données brutes : Eurostat (prix électricité consommateurs non-ménages).
- Estimations : dispositifs publics documentés et consensus d’analystes.
- Séries homogènes, unités en €/kWh.
- Séparation stricte entre données observées et hypothèses.
Fichiers et scripts accessibles dans le dépôt public.
Conclusion
L’écart observé entre la France et l’Allemagne sur le prix de l’électricité industrielle ne relève pas d’un différentiel de production, mais de choix de politiques publiques. L’objectif est de documenter ces écarts de manière factuelle pour éclairer le débat économique et industriel.
Axes de réflexion pour l’industrie française
Compétitivité intra-européenne
Le marché unique vise une concurrence équitable. Or, des écarts durables de prix de l’électricité effectivement payés peuvent créer une distorsion de compétitivité entre industries européennes pourtant soumises aux mêmes règles commerciales.
Avantage comparatif français
La France dispose d’un des coûts physiques de production électrique les plus bas d’Europe. La question se pose de savoir dans quelle mesure cet avantage structurel bénéficie réellement à son tissu industriel.
Cohérence du marché intérieur
Si le prix de marché est commun, mais que le prix final payé diverge fortement via des mécanismes nationaux, le marché de l’électricité reste-t-il un marché véritablement intégré du point de vue industriel ?
Allocation de la rente
L’écart entre coût de production et prix final soulève la question de la répartition de la valeur : producteurs, intermédiaires, États, consommateurs industriels.